1 November 2024
Transformer la mobilité urbaine en Afrique : une voie vers des villes équitables et durables
Les villes africaines se trouvent à un tournant critique, confrontées à des défis de mobilité uniques façonnés par une urbanisation rapide. Le secteur des transports, qui joue un rôle essentiel dans le paysage économique, social et environnemental de ces villes, a du mal à s’intégrer dans des modèles de planification obsolètes, des infrastructures insuffisantes et des préoccupations croissantes en matière de sécurité routière. Pourtant, ces défis s’accompagnent d’opportunités de repenser les systèmes de mobilité urbaine de manière équitable et durable pour les personnes et la planète.
L’augmentation de la population des villes africaines influence considérablement les modes d’utilisation des sols, ce qui entraîne souvent une inadéquation avec les cadres de planification urbaine précédemment envisagés. En outre, les voies de développement de la plupart des villes africaines privilégient encore un paradigme centré sur la voiture, dans lequel les plans directeurs urbains localisent les zones d’habitation loin des lieux de travail et de loisirs, fondés sur des idéaux dépassés d’une ville moderne, propre et ordonnée, ce qui a conduit à des villes tentaculaires (ICLEI Africa, 2020). Cette approche dépassée a non seulement perpétué les inégalités spatiales, mais a également entravé le développement de systèmes de transport public durables et efficaces. Par conséquent, les lieux et les opportunités deviennent de plus en plus inaccessibles car les cadres urbains ne répondent pas aux tendances actuelles et futures de l’expansion urbaine dans ces zones, ce qui se traduit par une prestation de services et des infrastructures inadéquates. Des établissements non planifiés continuent d’émerger, sans infrastructures de transport de soutien.
Si l’on ne donne pas la priorité à la mobilité urbaine durable, les villes africaines risquent de se retrouver enfermées dans des modèles qui menacent le développement socio-économique à long terme et la résilience climatique. La majorité des personnes concernées sont les plus vulnérables, les groupes à faible revenu ainsi que les personnes handicapées. L’expansion urbaine dépassant la planification formelle, laissant des lacunes dans la prestation de services et les infrastructures, il faut repenser les modèles qui soutiennent la mobilité dans les villes pour tous. Un changement fondamental est nécessaire, qui va au-delà de l’amélioration des infrastructures de transport. Il s’agit de repenser la manière dont les villes relient les zones résidentielles et non résidentielles, tout en privilégiant les solutions de mobilité à faible émission de carbone centrées sur l’humain.
L’alignement des stratégies de mobilité urbaine sur les cadres internationaux tels que les Objectifs de développement durable (ODD) et l’Accord de Paris pourrait contribuer à garantir que les villes non seulement réduisent leur impact environnemental mais améliorent également la qualité de vie de tous les résidents. La mobilité en Afrique doit adopter une approche plus holistique qui va au-delà du simple financement d’infrastructures à grande échelle. La création d’un environnement favorable entre les acteurs impliqués dans la politique et la pratique est impérative pour une approche coordonnée qui encourage des stratégies alternatives et une meilleure mise en œuvre. Pour transformer la mobilité urbaine en Afrique, les approches suivantes pourraient être envisagées :
Intégrer la planification urbaine et des transports
Il est essentiel de tenir compte de l’intégration entre la planification des transports et l’urbanisme, ainsi que de l’impact de l’aménagement du territoire sur la mobilité. En raison de l’urbanisation rapide et de l’étalement urbain croissant dans les villes africaines, les schémas d’utilisation du sol sont souvent en contradiction avec les infrastructures des axes routiers principaux. Cela augmente le coût des déplacements vers et depuis les zones où l’expansion urbaine a lieu. Ainsi, l’alignement des schémas d’utilisation du sol sur la planification de la mobilité garantit que les zones en voie de densification sont prises en compte et que la planification des infrastructures à long terme peut être entreprise pour ces zones, afin d’éviter une planification réactive.
Le développement axé sur le transport en commun (TOD) est une approche qui intègre les schémas spatiaux et la planification des transports pour permettre aux citadins d’accéder durablement à leurs villes. Cette approche prend en compte la densité et la diversité des utilisations du sol nécessaires pour soutenir des systèmes de transport public viables. Sans une telle planification, les villes africaines risquent de consolider les inégalités sociales et d’entraver le développement économique.
Promouvoir un développement compact et à usage mixte
L’évolution vers des villes compactes et à usage mixte peut réduire les distances de déplacement et promouvoir la marche et le vélo. La promotion d’une habitation plus dense et l’intégration de l’aménagement du territoire à la planification des transports réduiront également les distances de déplacement, amélioreront l’efficacité des transports publics et créeront des communautés plus dynamiques et propices à la marche. L’alignement du développement urbain sur les objectifs de mobilité durable peut permettre aux villes de répondre aux demandes d’une population croissante tout en atténuant les impacts environnementaux.
Investir dans des options de transport à faibles émissions de carbone
Le nombre de voitures particulières augmente rapidement, tout comme les niveaux de pollution atmosphérique de plus en plus dangereux (PNUE, ONU-Habitat, 2022). Cela a un impact sur les émissions de gaz à effet de serre qui aggravent le changement climatique. Ainsi, les investissements dans les véhicules électriques et les solutions de transport à faibles émissions s’alignent sur les objectifs climatiques mondiaux. La mobilité électrique (e-mobilité), en particulier l’adoption de bus électriques, offre une voie prometteuse. Si les coûts initiaux sont plus élevés pour les véhicules électriques, les économies à long terme en termes d’entretien et de carburant en font un investissement plus durable. Des pays africains comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana se fixent déjà des objectifs ambitieux pour décarboner leurs systèmes de transport, en alignant leurs objectifs sur les cadres mondiaux d’action climatique comme l’Accord de Paris. Cependant, comme 78 % de la production d’électricité en Afrique dépend encore des combustibles fossiles, cela nécessitera également une transition vers une production d’énergie plus renouvelable (BAD, 2022 dans ICLEI Africa, 2022).
Récupérer des espaces routiers pour les piétons et les cyclistes
Le nombre de voitures particulières augmente rapidement, tout comme les niveaux de pollution atmosphérique de plus en plus dangereux (PNUE, ONU-Habitat, 2022). Cela a un impact sur les émissions de gaz à effet de serre qui aggravent le changement climatique. Ainsi, les investissements dans les véhicules électriques et les solutions de transport à faibles émissions s’alignent sur les objectifs climatiques mondiaux. La mobilité électrique (e-mobilité), en particulier l’adoption de bus électriques, offre une voie prometteuse. Si les coûts initiaux sont plus élevés pour les véhicules électriques, les économies à long terme en termes d’entretien et de carburant en font un investissement plus durable. Des pays africains comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana se fixent déjà des objectifs ambitieux pour décarboner leurs systèmes de transport, en alignant leurs objectifs sur les cadres mondiaux d’action climatique comme l’Accord de Paris. Cependant, comme 78 % de la production d’électricité en Afrique dépend encore des combustibles fossiles, cela nécessitera également une transition vers une production d’énergie plus renouvelable (BAD, 2022 dans ICLEI Africa, 2022).
Créer un environnement favorable
La collaboration entre les gouvernements, le secteur privé et les collectivités est essentielle pour favoriser un changement à grande échelle. L’intégration de divers modes de transport dans un système cohérent garantira une meilleure accessibilité pour tous. Le secteur des transports est composé d’une multitude d’intervenants, ce qui crée des difficultés de coordination et entraîne parfois une rupture de la confiance, de la prestation de services et de l’état de la mobilité urbaine dans les villes. L’amélioration des processus de gouvernance liés à la mobilité urbaine peut favoriser des processus plus efficaces et efficients. Par exemple, la création d’autorités de transport peut contribuer à la fourniture de services de transport public durables. Cependant, il est essentiel que les rôles et les mandats des ministères et de ces institutions soient clairs et qu’elles disposent de ressources suffisantes pour fonctionner efficacement.
Améliorer l’accès aux données
L’absence d’infrastructures de données constitue un obstacle majeur à la mise en œuvre de systèmes de transport durables. Par exemple, 92 % des plus grandes villes à revenu faible et moyen ne disposent pas de cartes des transports (Krambeck, 2015). Des données crédibles et fiables permettent d’effectuer des analyses pour soutenir la planification, la mise en œuvre et la gestion des systèmes de transport. En cartographiant les transports publics et d’autres itinéraires multimodaux, il est possible de recueillir des informations sur les zones mal desservies et d’identifier les zones potentielles à moderniser et à renforcer les infrastructures. La science citoyenne pourrait contribuer à combler certaines de ces lacunes en matière de données, en collectant des informations sur le terrain à partir de diverses sources. En outre, la mise en place de centres de gestion du trafic par le biais de la mobilisation des ressources et de partenariats pourrait également contribuer à recueillir des données précises en temps réel.
Aligner les projets et les initiatives sur les objectifs mondiaux de durabilité.
L’engagement et la vision stratégique 2021-2027 de l’ICLEI Malmö reconnaissent la mobilité urbaine comme un point d’entrée essentiel pour soutenir les transitions vers la durabilité et s’engagent à décarboner le secteur des transports grâce à des options de mobilité à faibles ou zéro émissions tout en adoptant des approches de mobilité centrées sur les personnes qui intègrent la marche, le vélo, les espaces verts publics et les transports publics. Cela nécessite une approche sociétale et gouvernementale globale avec un effort collectif fort (ICLEI Africa, 2020)
Les projets sur lesquels ICLEI Africa a travaillé illustrent un engagement en faveur du transport urbain durable. ICLEI a entrepris des projets tels que l'Initiative de mobilité urbaine transformatrice (TUMI) qui vise à accélérer la transition vers les bus électriques dans plusieurs régions afin de maximiser l'impact sur la réduction des émissions mondiales de GES. Plus récemment, le projet TRANS-SAFE actuel, dont ICLEI fait partie, espère contribuer à la mise en œuvre de la stratégie commune UE-Afrique et faire progresser les pays vers les objectifs de développement durable à l'horizon 2030. Alors que TUMI a soutenu l'adoption de systèmes de transport respectueux du climat, y compris la mobilité électrique, TRANS-SAFE se concentre sur l'amélioration de la sécurité routière et l'élaboration de politiques grâce à une approche systémique sûre. En outre, par le biais d'initiatives de sensibilisation telles que la campagne du Mois de la mobilité africaine (AMM), ICLEI Africa utilise le pouvoir des médias sociaux pour mettre en avant les projets de mobilité réussis, encourager le partage des connaissances et galvaniser l'action collective à travers le continent.
Conclusion
Il est urgent d’agir pour remodeler la mobilité urbaine africaine afin d’assurer une résilience socio-économique et environnementale à long terme. L’avenir de la mobilité urbaine en Afrique recèle un immense potentiel pour façonner non seulement les villes du continent, mais aussi son rôle dans le débat mondial sur le climat. En adoptant des solutions innovantes, en repensant la planification urbaine et en favorisant la collaboration entre les secteurs, les villes africaines peuvent ouvrir la voie à des environnements urbains plus équitables, durables et résilients. Le moment d’agir est maintenant. Grâce à des efforts concertés, les villes africaines peuvent transformer la mobilité urbaine et assurer un avenir meilleur et plus vert aux générations à venir.
Liste de référence
Banque africaine de développement, 2022. Benjamin Welle et Anna Kustar – Transport : vers une mobilité plus inclusive, plus sûre et plus propre dans les villes africaines
Gasnolar, AI 2022. Financement de la mobilité urbaine en Afrique. Le Cap : Centre africain pour les villes et Alfred Herrhausen Gesellschaft.
ICLEI Afrique, 2020. Résumé du mois de la mobilité africaine 2020.
ICLEI Afrique, 2022.Document de référence : Tirer parti de la mobilité électrique dans la transition vers une mobilité urbaine durable au Kenya et en Afrique. Document de référence pour Africités 17 – 21 mai 2022.
ITF, 2019. Innovations en matière de transport dans les pays du Sud : études de cas, réflexions, recommandations, rapport du conseil d'administration du partenariat d'entreprise. Forum international des transports, Paris, France.
Krambeck, Holly. 2015. La spécification générale du flux de transit (Gtfs) et ses implications pour le développement international. https://www.slideshare.net/EMBARQNetwork/the-general-transit-feed-specification-
Programme des Nations Unies pour l'environnement et Programme des Nations Unies pour les établissements humains (2022). Marche et vélo en Afrique : données probantes et bonnes pratiques pour inspirer l'action. Nairobi. https://wedocs.unep.org/20.500.11822/40071